Rigoletto (Gilda)
Rigoletto à Rome : retour à Verdi
Lisette Oropesa est en train de devenir l’une des références parmi les sopranos, elle a triomphé à Paris dans Les Huguenots, puis dans Don Pasquale, elle fut avec Gatti Nanetta dans le Falstaff d’Amsterdam. On pourrait croire en une voix légère, mais il n’en est rien, la voix a un vrai corps, avec des aigus et suraigus très maîtrisés et très contrôlés. Elle est une Gilda très fraîche, jeune, mais aussi décidée et mûre. Elle n’a rien d’un rossignol, notamment dans le célèbre « Caro nome » débarrassé des cadences et fioritures inutiles, tout au contraire : la ligne de chant et les passages sont impeccables, la diction sans aucun accroc, avec un vrai sens de la couleur, elle sait notamment faire émerger le drame, les hésitations, tout autant que la joie : la manière dont à son entrée en scène elle se précipite vers son père pour essayer de lui raconter son amour naissant (sans y réussir d’ailleurs) avec une couleur juvénile et dans la sincérité immédiate de la joie, tranche avec un « Caro nome » certes plein d’amour, mais déjà sérieux, presque mélancolique qui est un chef d’œuvre de retenue et d’émotion notamment dans le « e fin l’ultimo mio sospir, caro nome, tuo sarà. » si prémonitoire.
Elle sait aussi à la fin du second acte, avoir des accents dramatiques marqués. La voix est d’une rare sûreté, d'une grande homogénéité et l’engagement est total. Une très grande Gilda, sans doute la meilleure aujourd’hui, qui sait parfaitement doser l’engagement entre la jeunesse, l’amour, le drame, avec une grande présence scénique et vocale : elle est bouleversante dans la scène finale (« Ah, ch’io taccia ! A me, a lui perdonate. ») où comme au final du II, elle demande au père de pardonner (« Perdonate : a noi pure una voce di perdono dal cielo verrà. »), une fois de plus prémonitoire, puisque la mise en scène la fait mourir debout, telle l’ange qu’elle deviendra au ciel…
Lisette Oropesa is becoming one of the reference points among sopranos; she triumphed in Paris with Les Huguenots, followed by Don Pasquale, and was with Gatti as Nanetta in Amsterdam's Falstaff. One might expect her to have a light voice, but this is not the case. Her voice has a real body, with very controlled and masterful high notes and upper registers. She is a very fresh, young, but also determined and mature Gilda. She is nothing like a nightingale, especially in the famous "Caro nome" stripped of unnecessary cadenzas and embellishments, on the contrary: the vocal line and passages are impeccable, the diction flawless, with a true sense of color. She knows how to bring out drama, hesitations, and joy alike: the way she rushes towards her father trying to tell him about her budding love (without managing to, by the way) with a juvenile color and in the immediate sincerity of joy, contrasts with a "Caro nome" full of love, but already serious, almost melancholic, which is a masterpiece of restraint and emotion, particularly in the premonitory "e fin l'ultimo mio sospir, caro nome, tuo sarà."
She also knows how to bring out dramatic accents marked at the end of the second act. The voice is of rare reliability, with great homogeneity, and her commitment is absolute. A very great Gilda, probably the best today, who knows perfectly how to balance commitment between youth, love, drama, with a great stage and vocal presence: she is heartrending in the final scene ("Ah, ch'io taccia! A me, a lui perdonate.") where, as at the end of Act II, she asks the father for forgiveness ("Perdonate: a noi pure una voce di perdono dal cielo verrà."), once again premonitory, since the staging has her die standing, like the angel she will become in heaven…
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Guy Cherqui
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Wanderer
